Joaillerie et horlogerie


«Akillis est née d’une envie très forte de liberté»

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janvier 2026


«Akillis est née d'une envie très forte de liberté»

Depuis près de vingt ans, Akillis s’impose comme une voix singulière dans la joaillerie contemporaine française. Fondée par Caroline Gaspard, la maison cultive une esthétique puissante, affranchie des genres, où le bijou devient un talisman moderne. Arrivée fin 2022, Stéphanie Manon accompagne aujourd’hui cette vision comme directrice générale avec une ambition claire: structurer l’offre, renforcer le savoir-faire et projeter Akillis vers de nouveaux territoires, sans jamais diluer son identité.

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inimaliste mais jamais discrète, radicale sans être agressive, Akillis revendique un design qui se vit comme une affirmation de soi. Un design que l’on qualifie souvent de rock et contemporain. Entre or, diamant, titane ou carbone, la marque joue la carte de la mixité des styles et des matières, loin des préconceptions genrées.

À l’aube de ses vingt ans, Akillis poursuit son chemin avec constance, portée par une créatrice guidée par l’intuition et par une équipe resserrée, fidèle à l’exigence artisanale. Au cours de notre entretien, Stéphanie Manon évoque l’ADN de la maison, ses collections emblématiques, sa stratégie de distribution et les grands enjeux du marché.

Stéphanie Manon, directrice générale d'Akillis depuis 2022 (à gauche), avec la fondatrice de la marque, Caroline Gaspard.
Stéphanie Manon, directrice générale d’Akillis depuis 2022 (à gauche), avec la fondatrice de la marque, Caroline Gaspard.

Europa Star: Akillis fêtera bientôt ses 20 ans. Comment définiriez-vous aujourd’hui l’ADN de la maison?

Stéphanie Manon: Akillis est née d’une envie très forte de liberté. Dès le départ, Caroline Gaspard a voulu créer des bijoux sans préconception: ni totalement masculins ni exclusivement féminins. Ce qui prime, c’est le design et la manière dont le bijou résonne avec la personnalité de celui ou celle qui le porte. On parle souvent de «genderless», mais je préfère dire qu’Akillis est avant tout «timeless». Un bijou Akillis, on le reconnaît immédiatement, et surtout, on peut le porter aujourd’hui comme dans dix ans avec le même plaisir.

Qu’est-ce qui distingue Akillis dans le paysage de la joaillerie française?

Le design est notre première force distinctive. Il y a toujours ce pas de côté, ce twist mode, qui donne du rythme à la marque et aux collections. Akillis n’est pas dans la décoration, mais dans l’architecture du bijou. Des pièces comme Python, Bang Bang ou Fatal Attraction sont immédiatement identifiables. Elles portent une notion de puissance, de protection, presque de talisman. La croix Akillis, par exemple, n’est jamais simplement une croix: elle peut évoquer un serpent, une œuvre d’art, un symbole en mouvement.

Inspirées par le mythe envoûtant du serpent, les pièces de la collection Python épousent le corps comme une seconde peau.
Inspirées par le mythe envoûtant du serpent, les pièces de la collection Python épousent le corps comme une seconde peau.

Vous avez rejoint Akillis fin 2022. Quel a été votre rôle dans cette nouvelle phase de développement?

J’ai mené un parcours très lié à la joaillerie: une école de commerce, puis mes premiers pas dans le monde de la bijouterie. Quand j’ai rencontré Caroline, il y a eu un véritable coup de foudre professionnel. Akillis n’avait pas besoin d’être transformée, mais structurée. Ces dernières années, nous avons beaucoup travaillé la construction de gamme: renforcer le cœur de collection, développer un milieu de gamme solide tout en conservant une offre de haute joaillerie. Aujourd’hui, chaque client peut trouver son bijou Akillis, de l’entrée de gamme jusqu’aux pièces les plus exclusives.

Le collier Plastron de la collection Python, pièce unique façonnée en fonte dans l'atelier d'Akillis à Barcelone. Réalisé en or jaune 18 carats et serti de diamants GVS, il a nécessité pas moins de 105 heures de travail, entre conception, fonte et sertissage.
Le collier Plastron de la collection Python, pièce unique façonnée en fonte dans l’atelier d’Akillis à Barcelone. Réalisé en or jaune 18 carats et serti de diamants GVS, il a nécessité pas moins de 105 heures de travail, entre conception, fonte et sertissage.

Quelle est la philosophie créative derrière ces lignes?

Caroline est en création permanente. Les collections naissent d’un mouvement, d’un rythme, d’un geste. Le processus est presque organique: elle enrichit, puis épure, jusqu’à revenir à l’essentiel. Ce qui peut sembler simple au premier regard est en réalité extrêmement travaillé. Un bijou Akillis doit être beau de face, de profil et de dos. Prenez la bague Python: elle enveloppe le doigt, évoque la mue, la protection, tout en restant extrêmement confortable. L’ergonomie est essentielle: nos bijoux sont faits pour être portés au quotidien.

«Akillis est née d'une envie très forte de liberté»

La notion de force revient souvent dans votre discours.

Oui, c’est un fil conducteur. Akillis vient évidemment d’Achille: la force, mais aussi la vulnérabilité. Nos bijoux ne sont pas agressifs, ce sont des bijoux-totems. Bang Bang ou Fatal Attraction, par exemple, sont portés comme des objets qui donnent confiance, qui accompagnent celui ou celle qui les choisit dans ses défis personnels. C’est d’ailleurs pour cela que beaucoup de sportifs sont très sensibles à la marque.

Au cœur de sa démarche, Akillis intègre des technologies de précision empruntées à la Haute Horlogerie et à l'aéronautique. L'usage de la découpe laser, du fraisage numérique et des traitements de surface avancés permet de réaliser des créations d'une sophistication extrême.
Au cœur de sa démarche, Akillis intègre des technologies de précision empruntées à la Haute Horlogerie et à l’aéronautique. L’usage de la découpe laser, du fraisage numérique et des traitements de surface avancés permet de réaliser des créations d’une sophistication extrême.

«Akillis est née d'une envie très forte de liberté»

«Akillis est née d'une envie très forte de liberté»

«Akillis est née d'une envie très forte de liberté»

Akillis revendique aussi une forte maîtrise du savoir-faire. Jusqu’où va l’internalisation?

Nous avons un atelier en propre à Barcelone, ce qui nous permet de maîtriser une grande partie de la fabrication et de mettre en avant notre manière de travailler. En parallèle, nous collaborons avec des partenaires de très haut niveau, notamment en Suisse, pour des savoir-faire spécifiques comme le traitement des surfaces ou le travail du titane. On ne peut pas tout internaliser, mais nous avons une véritable approche de laboratoire, notamment sur les matériaux: or, diamant naturel, titane, platine.

«Akillis est née d'une envie très forte de liberté»

Quelle place occupe la couleur dans l’univers très graphique d’Akillis?

Historiquement, Akillis est très noir et blanc, avec des touches de bleu, que l’on retrouve dans certaines pierres. La couleur est arrivée progressivement, d’abord sur des pièces de haute joaillerie, puis plus récemment à travers des collections comme Capture in Colors. Elle est toujours utilisée avec beaucoup de maîtrise: ce n’est pas un parti pris décoratif, mais un geste de design.

«Akillis est née d'une envie très forte de liberté»

Comment s’articule aujourd’hui votre stratégie de distribution?

La France reste notre premier marché, avec notre boutique flagship rue Saint-Honoré, qui est un point d’ancrage essentiel. Les États-Unis sont notre deuxième marché, très dynamique, même si nous avons avancé prudemment ces dernières années. Aujourd’hui, les taxes ne sont plus un frein majeur: toute la chaîne fait des efforts. L’Europe reste un axe de développement fort, avec une importance particulière pour la Suisse et l’Italie, qui jouent un rôle clé dans le parcours de nos clients internationaux.

Quelles grandes tendances observez-vous sur le marché de la joaillerie?

L’indépendance est une vraie force: elle donne une agilité précieuse dans un marché en mutation. Le bijou pour homme est également un axe stratégique majeur: longtemps négligé, il se légitime aujourd’hui pleinement. Chez Akillis, nous avons toujours été sur ce créneau, avec une approche 50/50, sans distinction de genre. On observe aussi une envie de s’approprier les bijoux: mélanger les créations, associer des pièces contemporaines à des bijoux hérités, créer un style très personnel.

La collection Puzzle
La collection Puzzle

La durabilité est devenue incontournable. Quelle est votre position sur ce sujet?

Nous sommes certifiés RJC et Chain of Custody, nous travaillons exclusivement avec de l’or recyclé et restons sur le diamant naturel. Ce n’est pas un discours moralisateur: nous avançons avec humilité, dans une logique d’amélioration continue. La durabilité fait partie intégrante de notre responsabilité, mais aussi de la transmission et de la pérennité de la marque.

La croix, toujours réinterprétée, est un motif très présent chez Akillis.
La croix, toujours réinterprétée, est un motif très présent chez Akillis.

Pour conclure, que peut-on souhaiter à Akillis pour les années à venir?

De continuer sur cet élan, sans jamais renier son identité. Aller à la rencontre de nouveaux marchés, faire découvrir la marque à de nouvelles clientèles, tout en restant une maison à taille humaine. Akillis n’est pas une marque de volume, mais d’émotion, de savoir-faire et de design. Et quand on aime Akillis, on l’aime profondément.

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