hénoménal. Il n’y a pas d’autre mot pour décrire la manufacture Bvlgari de Valenza qui occupe plus de 33’000 m2. Il s’agit de la plus grande manufacture joaillière au service d’une seule marque au monde. Presque un village en soi, avec ses ateliers, son restaurant, son académie - la Bvlgari Jewelry Academy - dédiée aux employés de Bvlgari et son école - la Scuola Bvlgari - ouverte à tous, qui deviendra un vivier précieux où chercher les talents de demain.
Cette manufacture est née d’une vision: doubler la capacité de production d’ici 2029 tout en étant un lieu de transmission des savoirs et du savoir-faire. A terme, quelque 1600 employés travailleront sur le site. La manufacture se veut également une référence en matière de responsabilité sociale, de protection de l’environnement et de traçabilité des matières premières et ce tout au long du processus de production. Depuis janvier 2022, Bvlgari utilise exclusivement de l’or certifié RJC CoC (Responsible Jewelry Council Chain of Custody) pour la totalité de ses créations joaillières, en conformité avec les normes les plus strictes du secteur.
Lors de la visite des lieux, nous avons pu rencontrer Corinne Le Foll, la Directrice de la division joaillerie et haute joaillerie. Elle vient du sérail: après avoir construit une solide carrière chez Cartier, où elle a passé plus de 20 ans, et avoir dirigé la maison Dinh Van, elle a quitté le berceau de la joaillerie française, Paris, pour s’installer à Rome et participer à l’écriture du destin de Bvlgari.
Son rôle? «Je suis responsable de l’ensemble des activités directement liées aux produits joailliers, que ce soit la création, l’approvisionnement des pierres, le marketing et la production dans nos ateliers de Rome et de Valenza.» Corinne Le Foll travaille de manière très étroite avec Lucia Silvestri, la gemmologue et directrice artistique de Bvlgari, à charge pour elle de décider quelles sont les priorités de la maison. Rencontre.
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- Corinne Le Foll, directrice de la division Joaillerie et Haute Joaillerie de Bvlgari.
Europa Star Jewellery: Qu’est-ce qui vous a poussé à poursuivre votre carrière chez Bvlgari et qu’avez-vous découvert de fondamentalement différent en arrivant dans cette maison?
Corinne Le Foll: La possibilité de vivre une expérience qui s’inscrive dans la continuité de mon parcours: cela fait 25 ans que j’évolue dans le monde de la joaillerie et après avoir travaillé chez Cartier et Dinh Van, Bvlgari semblait une évidence. Par ailleurs, cette maison a une place à part. Il s’agit d’une joaillerie italienne, très différente de la joaillerie française que j’ai pu connaître. En tant que Française, prendre la direction générale de la division joaillerie et haute joaillerie de Bvlgari, quand on est passionnée comme je le suis, c’est une magnifique aventure.
Vous évoquez une différence entre la joaillerie française et la joaillerie italienne, plus particulièrement celle de Bvlgari. Qu’en est-il?
Quand je suis arrivée dans cette maison, j’ai commencé par me plonger dans les archives, par explorer le patrimoine, qui est extrêmement riche: nous avons la chance d’avoir conservé beaucoup de dessins, de croquis… Si l’on regarde l’histoire de la maison, on comprend à quel point elle est différente. Ce qui fait la force de Bvlgari, c’est un mélange de choses: une certaine audace, une grande force créative qui s’exprime dans les lignes, les couleurs aussi. Si l’on regarde le paysage de la haute joaillerie française dans les années 40-50, les bijoux étaient majoritairement blancs, hormis pendant la guerre où l’on a utilisé de l’or jaune. Bvlgari a toujours utilisé beaucoup plus de typologies et de combinaisons de pierres que les autres maisons. Notre signature, c’est la couleur, la chaleur, l’architecture qui n’est jamais agressive: les lignes sont rondes, souples. La taille cabochon est également une signature: cela donne beaucoup de force à un bijou. Les volumes sont importants, mais avec une certaine douceur.
Quels sont les points sur lesquels vous avez déjà commencé à travailler depuis que vous avez pris vos fonctions en septembre 2024?
La création et le duo que nous formons avec Lucia Silvestri, la directrice artistique et gemmologue de Bvlgari. C’est ce qui fait l’intérêt de mon travail et qui est l’une des raisons pour lesquelles j’ai rejoint Bvlgari.
Vous cumulez une double compétence, le marketing et la gestion opérationnelle et un profil comme le vôtre est assez rare dans l’univers du bijou. Quels sont les premiers chantiers mis en place?
Tout l’enjeu aujourd’hui est de continuer à proposer de nouvelles créations, de nouvelles déclinaisons de couleurs, de nouveaux portés tout en restant fidèles à l’identité et au patrimoine de la maison. Il s’agit de trouver un juste équilibre: innover mais sans trahir ce qu’est Bvlgari, qui est une maison singulière. Je vais donc m’attacher ces prochaines années à perpétuer ce qui fait l’unicité de la marque, soit une savante alchimie entre une certaine tradition joaillière et un esprit très avant-gardiste qui doit s’exprimer plus que jamais aujourd’hui car nous ne sommes pas le seul acteur de cette industrie: nos clients sont de plus en plus connaisseurs et exigeants. Nous avons aussi comme ambition de parler plus largement de ce qu’est Bvlgari, de ses valeurs, et cette manufacture le permet.
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- La Manufattura de Bvlgari à Valenza. Avec ses 33’000 mètres carrés, c’est le plus grand site de fabrication de bijoux mono-marque au monde.
A quelles valeurs faites-vous référence?
Aux valeurs de partage, de tradition, de transmission, des valeurs environnementales aussi. Bvlgari fait partie des pionniers en matière de respect de l’environnement et ce depuis longtemps. Nous avons été les premiers à avoir obtenu une certification du RJC Chain of Custody sur l’ensemble de notre chaîne d’approvisionnement.
Votre nomination a précédé de quelques mois l’annonce de l’extension de la manufacture. Que ressent-on lorsqu’on a la chance de pouvoir travailler avec un tel outil de production?
Tout d’abord une immense fierté, une forte pression et aussi une grande responsabilité. L’agrandissement de la manufacture fait qu’aujourd’hui Valenza est la plus grande fabrique de joaillerie de luxe appartenant à une seule maison dans le monde. Cette manufacture est déjà opérationnelle. Elle abrite à la fois les métiers de la joaillerie traditionnels et des savoir-faire innovants. Il s’agit également d’un lieu où s’effectue la transmission des métiers. En 2017, la maison a créé la Bvlgari Jewellery Academy au sein de notre manufacture historique de Valenza. Chaque nouvel employé de la maison y suit une formation de quatre mois, afin d’être formé au savoir-faire et au niveau d’exigence de Bvlgari.
En quoi cette académie est-elle différente de l’école, qui a été inaugurée en même temps que l’agrandissement de la manufacture?
L’académie est réservée aux nouveaux employés de Bvlgari. Les personnes qui y entrent possèdent déjà une expérience joaillière plus ou moins longue. Elles vont y apprendre les techniques spécifiques de la maison et se perfectionner. En revanche, la Scuola Bvlgari est une école généraliste ouverte à tout le monde. La première promotion verra le jour en septembre prochain. Nous sommes en train de sélectionner les candidats. C’est une véritable école de formation joaillère qui sera abritée dans l’enceinte de la manufacture, ce qui est une première car cela n’existe nulle part ailleurs. Elle a été créée en partenariat avec TADS (Tarì Design School), une école très réputée située au nord de Naples. Le diplôme que l’on y obtient est reconnu par l’état ainsi que le gouvernement italien et les diplômés seront libres ensuite d’aller travailler où ils veulent.
L’un des buts de la manufacture, c’est de pouvoir doubler la production d’ici 2029. Existe-t-il suffisamment d’artisans spécialisés sur le marché pour pourvoir à vos besoins de talents?
Oui et le rôle de Bvlgari va être de former ces talents. C’est pour cette raison que l’académie et l’école ont été créées. Evidemment la Scuola Bvlgari sera un vivier où recruter de jeunes talents. C’est un plan à long terme. Rome ne s’est pas faite en un jour et le doublement de la capacité de production ne va pas non plus se faire en un jour. D’ici là, nous aurons le temps de former et de recruter des équipes afin d’accompagner l’augmentation de la production.
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- Bagues Divas Dream et Serpenti Viper, boucles d’oreilles Divas Dream, bracelets Serpenti Viper et Tubogas.
Quels défis entendez-vous relever à moyen terme?
Devenir de plus en plus une marque avec une «one brand approach». Transmettre la même vision de la marque à travers l’ensemble de nos catégories de produits. Nos clients aujourd’hui sont intéressés par ce que la maison raconte. Quel regard portons-nous sur le monde? Quels sont les sujets importants pour nous, au-delà de la dernière collection? Mais la joaillerie reste la catégorie principale, d’où l’agrandissement de la manufacture de Valenza. Nous avons des objectifs de croissance joaillière, dans les années qui viennent, qui nous permette de rester l’un des leaders de ce marché.
Vous avez déménagé à Rome avec toute votre famille en septembre 2024. Que vous évoque cette ville?
Rome et Bvlgari sont intrinsèquement liées. Bvlgari c’est Rome. Cette ville est une source d’inspiration inépuisable: il y a la lumière, l’architecture, le mélange des influences et des cultures qu’on ne retrouve pas dans la joaillerie française ou en tout cas beaucoup moins. On dit de Paris et de Rome que ce sont les deux plus belles villes du monde. Je suis une Parisienne mais je me suis découvert une seconde passion: Rome. C’est une ville sublime où la beauté est partout.
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- Bagues Bzero.1 et Serpenti Viper.
Qu’est-ce que le chic italien à vos yeux?
Une grande élégance, mais une élégance naturelle, sophistiquée mais sans être figée, ni hautaine.
Si vous deviez choisir un bijou qui représente l’essence de la marque, quel serait-il?
Ce qui me vient spontanément à l’esprit, c’est un collier Tubogas orné de plusieurs pierres de couleur. Nous en avons beaucoup dans nos archives. Ce sont des pièces que je trouve très belles, avec un parti pris créatif très fort. C’était audacieux de marier la pierre précieuse à une forme qui relève du design industriel. Ce sont des colliers que l’on continue à créer en haute joaillerie, des pièces uniques. Ils sont emblématiques de Bvlgari.
Comment définiriez-vous Bvlgari en quelques mots?
L’audace, l’art de la couleur, les volumes… et la joie!


