l’origine de Vanguart, il y a une forte expertise technique, avec des trajectoires croisées chez APRP (Audemars Piguet Renaud & Papi), des années passées à développer des mouvements pour Audemars Piguet, Richard Mille ou Chanel. Mais aussi – on le voit à l’architecture extraordinaire de pièces que GQ a qualifiées de «hottest watch on the planet» après avoir vu l’Orb au poignet de Michael Jordan – une rencontre déterminante avec le designer Thierry Fischer.
Autour de Mehmet Korutürk, issu du private equity et passé par l’univers de la Formule 1 (Genii Capital, Lotus Renault F1 Team), se fédère une équipe complémentaire: Axel Leuenberger (ex-APRP R&D), Jérémy Freléchox (15 ans chez APRP) et Thierry Fischer, designer et esprit libre. Ensemble, ils partagent une conviction: si l’on crée une marque, elle devra être radicale. Out of this world, comme le veut la devise de Vanguart.
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- Vanguart s’est fait connaître avec des créations telles que la Black Hole (2021) ou l’Orb (2024), qui associent architecture mécanique originale et finition artisanale. Fondée en 2017 à La Chaux-de-Fonds, la marque est dirigée par Axel Leuenberger (CEO) et Jérémy Freléchox (CTO), tous deux issus d’APRP, aux côtés de Mehmet Korutürk (président) et du designer Thierry Fischer.
Mais on le sait, les propositions radicales se sont multipliées ces dernières années sur la scène horlogère. Comme se distinguer dans ce foisonnement créatif de la très haute horlogerie? La marque affine son plan avant de se révéler au monde. Fondée en réalité dès 2017 (alors que presque tout le monde la pense beaucoup plus récente), Vanguart passe d’abord plusieurs années en «sous-marin», des années entièrement dédiées à la R&D. En 2021, la Black Hole voit le jour. En 2024, l’Orb confirme la maturité du projet et place la marque dans le radar des collectionneurs.
Entre-temps, des partenaires clés comme Material Good, Ahmed Seddiqi & Sons et la Dubai Watch Week, et des collectionneurs aussi médiatiques que Michael Jordan ou Ed Sheeran, ont propulsé la jeune maison sous les projecteurs. Mais derrière l’exposition globale, la structure reste artisanale, concentrée à La Chaux-de-Fonds, et fidèle à une ambition: produire peu, mais frapper fort. Notre entretien avec Mehmet Koruturk.
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- Dépourvue d’affichage traditionnel, cette nouvelle Black Hole en or rose mise sur la structure tridimensionnelle du mouvement pour révéler un jeu d’ombres et de reflets animé par les surfaces microbillées et polies.
Europa Star: Revenons au début. Comment est née l’idée de Vanguart?
Mehmet Korutürk: Tout commence bien avant la création officielle. Axel et Jérémy travaillaient chez APRP, aux côtés de Giulio Papi, sur des mouvements extrêmement compliqués pour des maisons comme Audemars Piguet, Richard Mille ou Chanel. De mon côté, j’évoluais dans le private equity et la Formule 1, notamment avec Genii Capital, propriétaire de Lotus Renault F1.
Nous avons rencontré Thierry Fischer dans cet environnement créatif. Il avait réalisé une vidéo de diplôme autour d’un projet appelé «Black Hole». Lorsque nous avons découvert son travail, nous avons été frappés par la puissance du concept. Nous nous sommes dit: un jour, nous la ferons, cette pièce.
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- Cette nouvelle version de la Black Hole introduit un cadran orné de chiffres arabes, appliqués et peints à la main. Le modèle reprend les éléments techniques emblématiques de Vanguart — tourbillon volant lévitant, affichage linéaire du temps et construction concentrique sur trois niveaux. Son boîtier en titane grade 5 renforce la légèreté et la stabilité de l’ensemble, tandis que le cadran en PVD anthracite met en valeur la profondeur des indications.
Pourquoi avoir franchi le pas en 2017?
Axel et Jérémy avaient fait le tour de certains grands projets. Ils avaient travaillé sur des mouvements comme ceux de HYT – H2, H3 – dans un contexte très expérimental. À un moment, l’envie de créer quelque chose de totalement libre s’est imposée. Axel et et Jérémy ont alors fondé un bureau de développement, TimeForge.
Puis l’idée d’une marque s’est concrétisée. Le nom Vanguart – contraction d’«avant-garde» et «art» – s’est imposé naturellement. Nous étions quatre: Thierry, Axel, Jérémy et moi. Chacun avec sa compétence, mais une vision commune.
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- La Black Hole, née en 2021, bouleverse la lecture du temps avec ses trois disques rotatifs et son tourbillon suspendu.
Surgit la Black Hole, votre première pièce lancée en 2021. Quel a été votre raisonnement derrière le développement de cette pièce?
Nous ne voulions pas faire un tourbillon «simple», comme on en voit beaucoup. Nous voulions démontrer ce dont nous étions capables et sommes donc repartis de zéro. La Black Hole repose sur trois disques rotatifs concentriques, un affichage linéaire du temps et un tourbillon volant. Le défi technique était très conséquent: faire tourner ces masses, gérer l’énergie, assurer la stabilité. C’était une véritable architecture cinétique.
Au départ, la pièce a parfois été mal comprise. Le cadran, très épuré, ne laissait pas immédiatement percevoir la complexité du mouvement. Il y avait un décalage entre la sophistication mécanique et la lecture visuelle.
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- La Vanguart Orb, lancée en 2024, intègre une innovation rare: un mouvement hybride offrant le choix entre remontage automatique ou manuel.
C’est donc la pièce suivante, l’Orb sortie en 2024, qui a marqué le vrai tournant?
Oui car si la Black Hole était très conceptuelle, l’Orb était plus immédiate dans sa perception, plus «lisible»: boîtier rond, mouvement symétrique, deux aiguilles, et surtout un mouvement hybride permettant un remontage automatique ou manuel. Ce qui est déjà une complication en soi.
Nous avons visé juste avec cette pièce, qui a «pris» très vite, notamment grâce à nos partenaires comme Material Good à New York ou Ahmed Seddiqi & Sons à Dubaï. À la Dubai Watch Week, il y a trois ans, les gens nous ont placés sur la carte de l’horlogerie. Puis avec l’Orb, tout s’est aligné.
La visibilité de la marque a aussi explosé avec certaines personnalités...
Nous avons la chance d’avoir des collectionneurs passionnés et très pointus. Ce ne sont pas juste des célébrités, ce sont des connaisseurs respectés dans le monde des indépendants.
Michael Jordan a récemment porté l’Orb lors d’une interview majeure aux États-Unis. Ed Sheeran, John Mayer, Bad Bunny… Ce sont des amateurs d’horlogerie indépendante. Ils ont acheté nos pièces, parfois avec des modifications, mais pas des pièces uniques radicalement différentes. Cela donne une visibilité incroyable, mais notre priorité reste le produit.
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- Les modèles avant-gardistes, exclusifs et ultra-performants de Vanguart ont séduit de nombreuses personnalités, notamment aux Etats-Unis, comme Michael Jordan, ce qui a accéléré la notoriété de la marque.
Où en êtes-vous aujourd’hui en termes de structure?
Nous sommes toujours dans nos locaux historiques à La Chaux-de-Fonds, dans d’anciens ateliers Vulcain. L’endroit a aussi accueilli un studio vidéo pour Breitling à une époque. L’atmosphère est restée très «start-up».
Nous sommes environ 20 personnes: designers, bureau technique, décoration, assemblage. Nous n’avons pas de machines-outils à l’interne mais travaillons avec un solide réseau de sous-traitants. Nous assurons la maîtrise d’œuvre, la décoration et l’assemblage en interne. L’an dernier, nous avons produit 15 pièces. Notre capacité théorique est d’environ 100 pièces, mais nous préférons une croissance maîtrisée.
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- Vanguart est aussi devenu Chronométreur Officiel du Ballon d’Or,
Vous êtes revenus aux origines de la marque en enrichissant la collection Black Hole lors de la Dubai Watch Week.
Oui, nous avons présenté deux nouvelles interprétations: une version en or rose et une édition avec chiffres arabes appliqués et peints à la main. C’est une évolution importante, car nous avons travaillé davantage les métiers d’art, l’ornementation, la profondeur du cadran. La version en titane Grade 5 avec cadran PVD anthracite et chiffres arabes apporte une nouvelle dimension.
Quel est leur positionnement?
Les prix sont de 355’000 CHF pour la version à chiffres arabes et 410’000 CHF pour la version en or rose. Nous produisons environ cinq Black Hole par an. Ce sont des montres qui demandent énormément de temps.
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- Le mouvement de la Black Hole, en titane grade 5, est doté d’un tourbillon volant lévitant développé en interne; le réglage de l’heure s’opère via un joystick haute précision.
A terme, quelle est votre ambition si l’on parle de volumes et de taille de la marque?
Nous ne voulons pas rester «microscopiques» sur les volumes, mais nous refusons une croissance brutale. À horizon cinq ans, 300 pièces par an pourrait être un objectif raisonnable.
Aujourd’hui, nous avons déjà du mal à livrer. Nous voulons consolider notre organisation, peut-être développer davantage de points de présentation physiques, car on ne peut pas toujours bien comprendre nos pièces en photo. Elles doivent être vues, portées, expérimentées.
Quelle est la prochaine étape?
Nous allons enrichir l’Orb avec de nouvelles complications. Puis lancer une nouvelle ligne, avec d’autres formes. L’idée n’est pas de répéter, mais de continuer à explorer.
En une phrase, que représente Vanguart pour vous?
La liberté de créer sans compromis, avec l’exigence de la haute horlogerie – et la volonté de laisser une trace.
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- Lors de sa victoire à l’Open d’Australie, Elena Rybakina portait la Vanguart Orb, avec un boîtier en or rose associé à un bracelet en caoutchouc blanc.


