eu de noms résonnent avec autant de force dans l’histoire horlogère que celui de la dynastie des Leroy. Fondée à Paris par Charles Leroy en 1785, horloger de la Marine française, exposant à la première Exposition universelle de Paris, la maison s’illustre pendant plus de deux siècles par une quête absolue de précision et de complexité. Jusqu’en 1989, elle détient le record de la montre la plus compliquée du monde, aujourd’hui conservée au Musée du Temps de Besançon.
Après son intégration en 2004 dans l’écosystème du Festina Group aux côtés de Perrelet et Soprod, L.Leroy connaît une trajectoire plus discrète. Certaines collections sont arrêtées dès 2012–2013. Une tentative de relance avec un chronomètre d’observatoire en 2014, puis une pièce unique présentée à Only Watch en 2015, ne suffisent pas à réinstaller durablement la marque. S’ensuivent près de dix années de silence.
«Il y a eu des tentatives, mais pas de véritable continuité. La relance devait se faire autrement, avec une vision claire et une extrême exigence», explique Hugo Lesizza, arrivé sur le projet en 2019.
Des signaux faibles à la relance affirmée
Le premier frémissement survient avec une montre à tact présentée confidentiellement pour Only Watch 2023 (la montre sera retirée après la suspension de la vente aux enchères caritative, ndlr). Pour la première fois dans l’histoire moderne de L.Leroy, un matériau autre que l’or est utilisé: le titane. Guillochage raffiné, gravure main, écriture horlogère fidèle à l’ADN de la maison la pièce est finalement retirée de la vente, mais marque un tournant.
«C’était volontairement discret. Un premier pas, presque un laboratoire. Mais ce langage, ce matériau, nous allons les réutiliser», confie alors Hugo Lesizza.
La véritable réapparition se fait en 2025 avec la Bal du Temps, une très haute complication combinant tourbillon et répétition minutes, déclinée en 18 carats 5N, platine et en titane grade 5. Une pièce manifeste, produite en quantités infimes.
Osmior: le fil rouge esthétique
Au cœur de cette renaissance, une collection: Osmior. Son esthétique puise directement dans les codes historiques de Leroy: chiffres caractéristiques, architecture de cadran inspirée des montres de poche du 19ème siècle, déjà revisitées dans les années 1990 puis à nouveau dans les années 2010.
«Nous avons travaillé à partir de pièces vintage Leroy historiques. Les codes sont puissants, immédiatement reconnaissables. Osmior, c’est la synthèse de cet ADN», souligne Hugo Lesizza. Le développement des calibres est assuré à Genève par un atelier spécialisé, sans lien industriel avec Soprod. L.Leroy ne revendique pas aujourd’hui une production intégrée, mais une approche de haute horlogerie indépendante, cohérente avec son positionnement.
Une exclusivité revendiquée
La relance de L.Leroy ne se mesure pas en volumes. La Bal du Temps sera produite à une quinzaine de pièces toutes matières confondues, et les productions annuelles n’excéderont jamais quelques dizaines de montres.
«Nous sommes clairement dans la Très Haute Horlogerie. Nous ne cherchons pas la diffusion, mais la pertinence», affirme Hugo Lesizza.
Aujourd’hui, la marque compte une poignée de points de vente effectifs, comme Dubail à Paris, Cellini à New York ou Pisa à Milan, auxquels s’ajoutent des ventes directes à des collectionneurs. Le Moyen-Orient – Dubaï et l’Arabie saoudite – constitue un axe de développement prioritaire, toujours dans une logique extrêmement sélective.
Capitaliser sur un patrimoine hors norme
L.Leroy dispose d’un trésor unique: près de 400’000 archives historiques numérisées, permettant de remonter jusqu’aux registres de vente anciens, ainsi que plus de 200 pièces conservées – montres de poche, premières montres-bracelets, instruments de précision. «C’est un véritable trésor de guerre. Nous sommes en train de structurer cet héritage, avec l’idée, à terme, de le rendre visible», explique le dirigeant.
L’identité de L.Leroy reste volontairement nuancée. Si la marque ne peut plus revendiquer le «Made in France», elle assume pleinement ses racines parisiennes.
«Nous ne pouvons pas dire que nous sommes une manufacture française aujourd’hui. Mais nous sommes fiers de nos origines. Leroy, c’est l’horloger de la Marine, l’Exposition universelle de Paris, une histoire profondément française», précise Hugo Lesizza.
Une distinction assumée, loin d’autres relances hexagonales comme France Ébauches au sein du même groupe, positionnées sur des segments industriels très différents.
Un momentum favorable
Le retour de L.Leroy intervient dans un contexte porteur pour la Très Haute Horlogerie indépendante, à l’image de la renaissance réussie de Ferdinand Berthoud, contemporain historique des Leroy.
«Nous parlons à des collectionneurs qui s’intéressent à Patek Philippe, F.P. Journe, H. Moser & Cie ou Greubel Forsey. Des amateurs d’histoire autant que d’indépendance», observe Hugo Lesizza.
Les signaux sont encourageants: recrudescence des demandes d’archives, regain d’intérêt dans les ventes aux enchères, et un calendrier désormais structuré. Après la Bal du Temps aux Geneva Watch Days, l’Elyor, dernier né de la collection classique Osmior, sera présentée à l’occasion de la Geneva Watch Week.
Le nom «Elyor» est l’anagramme de Leroy. Pendant la Terreur de la Révolution française (1793-1794), Leroy, dont le nom de famille semblait trop royal, signait ainsi ses créations afin d’échapper au harcèlement des révolutionnaires.
Pour la première fois dans l’histoire de la marque, ce modèle à tourbillon volant intègre un micro-rotor. Fabriqué en petit nombre et décliné en trois versions différentes, il se caractérise par un boîtier en forme de tambour, traditionnellement réservé par la marque à ses montres de style classique, et mesure 42 mm de diamètre pour une épaisseur de 11,88 mm, y compris le verre saphir bombé.
«Cette fois, ça suit. L.Leroy est de retour, et pour de bon», conclut Hugo Lesizza.


