vant d’être un expert horloger à la longue et brillante carrière qui vient de créer sa propre marque, Michael Friedman est pour moi avant tout... un voisin et un ami. Bien que nous travaillions tous deux dans l’industrie horlogère depuis longtemps, nous ne nous sommes pas rencontrés lors d’un événement presse ou d’une interview. La Suisse étant un petit pays, nous nous sommes rencontrés... à la crèche, où ma fille et son fils sont dans la même classe. Avec de jeunes enfants, nous avons tous deux une expérience très concrète de ce que signifie un concept «flexible» ou «élastique» du temps!
Mais Michael va plus loin : avec sa marque Pattern Recognition, il introduit une ode mécanique et poétique à la B-Theory. Une montre qui rejette l’idée du temps linéaire au profit d’une perception plus large, où le passé, le présent et le futur coexistent. Avec sa lune longitudinale, ses trois plans temporels et son architecture incurvée, la B-Theory incarne cette vision: un objet qui ne se contente pas de donner l’heure, mais qui raconte l’histoire de la façon dont nous percevons, ressentons et projetons le temps.
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- Michael Friedman
Quand il parle de Pattern Recognition, sa nouvelle marque indépendante, Michael Friedman évoque avant tout un retour à l’essentiel: la création pure, un lien direct avec les artisans et les clients, et la liberté de construire une entreprise horlogère qui s’appuie autant sur la philosophie du temps que sur le savoir-faire technique. Après plus de vingt-cinq ans d’une carrière extraordinaire – entre muséologie, histoire, haute horlogerie, collectionneurs légendaires et design de produits –, Michael Friedman a désormais choisi l’intimité d’une microstructure pour donner vie à des objets profondément personnels.
Avec sa lune longitudinale, ses trois plans temporels et son architecture incurvée, la B-Theory incarne cette vision: un objet qui ne se contente pas de donner l’heure, mais qui raconte l’histoire de la façon dont nous percevons, ressentons et projetons le temps.
Liens forts avec le monde académique
Né dans le New Jersey et profondément influencé par New York, Michael Friedman a grandi avec une curiosité multidimensionnelle. À l’université, il a étudié la psychologie sous la direction de Bernie Kaplan, théoricien de la formation des symboles. C’est là qu’il a découvert le concept de reconnaissance des formes ou «pattern recognition»: la manière dont les êtres humains comprennent le présent et projettent l’avenir en identifiant des schémas dans le passé. Une idée qui allait devenir le fondement philosophique de sa marque... trente ans plus tard.
Cette réflexion sur les structures du temps l’a naturellement conduit vers les objets qui le mesurent. Des sciences exactes à l’histoire, de l’astronomie à la mécanique, Friedman a exploré toutes les couches: les premiers cadrans solaires, la naissance du temps atomique, la transition de l’horlogerie mécanique à l’horlogerie électrique, puis au quartz et enfin à l’horlogerie atomique.
Très jeune, il a rejoint de grandes institutions: Willard House, National Watch & Clock Museum, et a appris directement auprès d’un mentor au Smithsonian. Il y a appris à analyser les objets, à reconstituer leur histoire, à vérifier leur authenticité et à distinguer ce qui est original de ce qui ne l’est pas. Il a reçu une formation au plus haut niveau muséal, sous la houlette de personnalités telles que Robert Cheney, Chris Bailey et Carleen Stephens. «Je n’ai jamais oublié la leçon fondamentale: sans documentation de première main et sans analyse approfondie, on ne peut rien affirmer avec certitude», explique-t-il.
Auprès des plus grands collectionneurs
Son destin a pris un tournant lorsqu’il a reçu un appel de Christie’s lui proposant un poste d’expert horloger chargé de superviser le département Montres et Horloges, ce qu’il n’avait jamais envisagé. Friedman n’était pas encore un «spécialiste des montres»; il ne connaissait pas les références par cœur, mais il savait reconnaître un échappement à la loupe. Il s’est rapidement familiarisé avec son travail, se retrouvant à collaborer avec les plus grands collectionneurs et marchands: Matt Bain, Davide Parmegiani, John Goldberger, puis... Eric Clapton.
Sa collaboration avec Clapton a duré plus d’une décennie. Il l’a aidé dans ses acquisitions et ses ventes, acquérant ainsi une connaissance approfondie du marché, de la psychologie des collectionneurs et de ce qui confère à une montre sa valeur culturelle. Cette expérience l’a conduit à poursuivre une carrière dans le conseil, collaborant avec Van Cleef & Arpels et Jean-Marc Wiederrecht pour un lancement spécial et avec de nombreux collectionneurs et horlogers indépendants avant de rejoindre Audemars Piguet à plein temps en 2013.
À la manufacture du Brassus, Michael Friedman occupait un poste hybride et rare: à la fois historien, conseiller produit, porte-parole mondial et membre de l’équipe de développement créatif. Il a participé au projet Remaster 01, à la conception des mouvements, à la création de la Code 11.59 et au repositionnement des complications. Il naviguait ainsi entre les ateliers, les ingénieurs, les designers et la direction, faisant le lien entre la culture, la technologie et le marché. Il tutoie toujours John Mayer et Kendrick Lamar, tous deux grands aficionados (son nom apparaît même dans l’une des chansons de Kendrick Lamar).
Mais avec le temps, l’envie de créer son propre langage est devenue irrésistible. Lorsqu’il a quitté la manufacture après une décennie de bons et loyaux services, sa décision était prise.
Pattern Recognition: radicalement contemporaine
Pour sa marque, dont la genèse commence en 2023 et dont le premier modèle vient d’être dévoilé, Michael Friedman prône une structure horizontale, similaire au système d’ateliers d’antan. Il est entouré d’un petit cercle de personnes de confiance, dont la plupart sont d’anciens collègues.
Parmi eux, Nathalie Toubin, la première à l’avoir rejoint, est responsable des opérations, du développement et de la gestion de la chaîne d’approvisionnement. Les maîtres techniciens Fabrice Deschanel (Artime) et Axel Leuenberger (Vanguart) sont partenaires de développement depuis le début. Le célèbre designer Claude Emmeneger a aidé Friedman à concrétiser son projet. Parmi les partenaires spécialisés, on trouve Proud Technology, spécialiste suisse des diamants synthétiques, qui a créé la lune en diamant pour la montre tourbillon astronomique de Friedman, ainsi que Thierry Clottu (TCL Concepts) et Marco Tedeschi (Kross), qui ont apporté leur expertise pour le bracelet.
our sa marque, dont la genèse commence en 2023 et dont le premier modèle vient d’être dévoilé, Michael Friedman prône une structure horizontale, similaire au système d’ateliers d’antan. Il est entouré d’un petit cercle de personnes de confiance.
L’approche est à la fois artisanale et scientifique, poétique et rigoureuse: une synthèse typiquement «friedmanienne». La première création, la B-Theory, s’inspire de la théorie du temps du même nom, chère aux philosophes et largement acceptée par la science contemporaine: le passé, le présent et le futur coexistent et se confondent. Cette perception est proche de certains courants bouddhistes... et de la physique de la relativité.
D’où l’architecture à trois plans, une forme incurvée (18°), un boîtier en titane (42 mm de long, 32 mm de large, 9,75 mm au sommet), un mouvement entièrement nouveau et un affichage astronomique construit comme un paysage horloger.
La complication principale, une lune longitudinale, joue sur l’ambiguïté entre le réel et l’irréel : le disque est en diamant de synthèse, choisi pour son caractère «naturel et artificiel», à l’image de la lune elle-même. Pas de chiffres, pas de texte: tout est dissimulé sous une esthétique presque joaillière.
Michael Friedman rejette les montres surchargées. Il recherche la clarté d’un quatuor à cordes: chaque instrument doit être audible. Il aime les exemples historiques de montres de forme – la Movado Polyplan, la Cartier Tank – et adopte un design polarisant. Une attention particulière est accordée au bracelet: réglages fins, système détachable. Tout est conçu pour créer une relation intime avec le poignet.
Une production horizontale, contrôlée, humaine
Les prototypes entièrement décorés sont en voie d’achèvement, le carnet de commandes est ouvert (et se remplit rapidement) et les premières livraisons sont prévues pour l’été 2026. La production sera naturellement très limitée, avec 30 pièces en 2026, dont le prix variera entre 120’000 CHF pour la version avec un bracelet en cuir et 150’000 CHF pour un bracelet en métal, particulièrement prisé. La stratégie commerciale est simple, avec un réseau de confiance.
Pour Michael Friedman, l’horlogerie reste l’un des derniers bastions mécaniques dans un monde de plus en plus numérisé. En ce sens, c’est précisément cette contradiction qui en fait un segment éternel. Une réflexion intime sur le passage du temps. La marque vise à être durable, sans rechercher le volume. Chaque développement futur sera partagé avec les clients dans le cadre d’un dialogue continu.
Cependant, comme il l’a constaté de ses propres yeux, certains savoir-faire artisanaux sont aujourd’hui menacés. Friedman prône donc un retour à une industrie plus horizontale, où ces compétences sont préservées avant qu’elles ne disparaissent. Son projet incarne cette symphonie de savoir-faire.
Avec Pattern Recognition, Michael Friedman ne cherche pas à créer la prochaine tendance, mais à recomposer, motif par motif, une vision du temps où se rencontrent l’histoire, la science, la poésie et la mécanique. La B-Theory n’est pas simplement une complication: c’est une réflexion condensée, presque un manifeste. Celui d’un homme qui, après avoir passé trente ans à expliquer les montres des autres, construit enfin la sienne – en partant non pas du marché, mais du sens.
La B-Theory n’est pas simplement une complication: c’est une réflexion condensée, presque un manifeste. Celui d’un homme qui, après avoir passé trente ans à expliquer les montres des autres, construit enfin la sienne – en partant non pas du marché, mais du sens.


