auteure, Nadine Michau, a mené une enquête «ethnographie nourrie et formidablement documentée sur un atelier-usine spécialisé dans la fabrication de presses hydrauliques, une SCOP (soit une société coopérative ouvrière de production) du nom de LBM fondée en 1980 à Vierzon, en France. Sept personnes seulement y travaillent, mais Nadine Michau montre comment l’amour de la mécanique, du travail bien fait, la valorisation de l’expérience, la polyvalence des savoir-faire, la bonne humeur et l’entente commune garantissent la survie d’un atelier de mécanique aux méthodes artisanales, dans un monde industriel qui, au contraire, n’a cessé de fragiliser les très petites entreprises.»
Il faut savoir toutefois que cette petite équipe réalise ensemble des presses mécaniques et hydrauliques pour des firmes aussi importantes et stratégiques que Valeo, Renault ou encore l’avionneur Dassault.
A la la réception d’un gros vérin d’une tonne, Dominique, le monteur dit pourtant «Je vais lui faire une beauté». Mohammed, l’automaticien, parle quant à lui «d’insuffler l’âme» à la machine et il ajoute: «nos machines, elles sont belles […] il faut qu’elles nous plaisent à tous».
Je retrouve là exactement le même esprit qui anime les mécaniciens d’art de Sainte-Croix. Est-ce un hasard si un joaillier aussi prestigieux que Van Cleef & Arpels a ouvert un atelier à Sainte-Croix, auprès de ces mêmes artisans? Non, évidemment pas. «Insuffler l’âme» dit celui qui fait «à la main» - et «à l’esprit» serait-on tenté de dire - des presses qui pèsent des tonnes et développent une force phénoménale. «Insuffler l’âme» disent de même les automatiers, les manufacturiers de boîtes à musique et de montres de Sainte-Croix.
En conclusion, Nadine Michau dit de son exploration qu’elle a «voulu montrer que la force de cette petite usine-atelier tient dans des modes de coopération entre ces hommes, des formes techniques et rituelles sans cesse renégociées. Montrer aussi que le montage de ces énormes machines industrielles implique un travail manuel d’assemblage que nul n’aurait soupçonné: un travail qui se rapproche de la création ou de l’artisanat, et dépend fortement d’une « dimension sensible des savoirs produits en situation».
Les «petits» n’ont pas dit leur dernier mot. Pas plus que la main. La main - ou appelez-la comme vous voulez, âme, beauté ou savoir - qui in fine fait toute la différence. Et n’est-ce pas là tout dont nous avons besoin dans notre monde qui ne sait plus sur quel pied continuer à danser!
Nadine Michau, Machine 12 256. Ethnographie d’une usine-atelier, EHESS, “Apartés” collection, 182 p., €14


