a Royal Pop n’est pas la première collaboration entre Audemars Piguet et Swatch Group. Ceux-ci entretenaient déjà un partenariat – certes beaucoup moins visible – sur le Nivachron™, ce spiral très innovant construit dans un alliage antimagnétique, développé en alternative à d’autres solutions comme les composants en silicium. La Royal Pop est d’ailleurs équipée de ce spiral: la relation de confiance nouée sur cette collaboration technique prend ici une toute autre dimension!
La collection de huit modèles en biocéramique est animée par le révolutionnaire calibre Sistem51 de Swatch, construit ici dans une nouvelle version à remontage manuel, comprenant 15 brevets actifs. Comme la marque le souligne à nouveau lors de ce lancement, Sistem51 est un véritable tour de force industriel puisque c’est le seul mouvement mécanique Swiss Made au monde dont l’assemblage est entièrement automatisé. Parmi ses caractéristiques, outre le spiral Nivachron™: plus de 90 heures de réserve de marche et le réglage de la précision directement effectué au laser en usine.
Le choix de huit modèles est une référence aux 8 côtés du boîtier et aux 8 vis de la lunette unique de la Royal Oak, en hommage à cette montre emblématique. L’un des brevets déposés sur ce modèle est le visuel du tambour de barillet – le réservoir d’énergie de la montre – qui n’est pas seulement décoratif. Il renseigne également sur la réserve de marche de la montre. Lorsque les chambres du barillet sont grises, elles laissent entrevoir les lames du ressort de barillet: cela signifie que la montre doit être remontée. À l’inverse, lorsque la couleur est dorée, le ressort du barillet est comprimé et indique que la montre est entièrement remontée. La montre tourne alors à plein régime.
Le décor de cadran dit «Petite Tapisserie» compte aussi parmi les codes esthétiques essentiels de la collection Royal Oak depuis 1972. Les huit modèles de la Royal Pop arborent ainsi cette décoration reconnaissable entre toutes des Royal Oak.
Parmi les autres spécificités techniques de la Royal Pop, la finition verticale satinée de la lunette et du fond du boîtier rappelle les éléments décoratifs originels de la Royal Oak. Dans le cadre de cette identité, un effet rosacé a été appliqué au cadran. Le fond du mouvement est imprimé grâce au Digital Printing. La couronne, le boîtier et le l’attache de la lanière sont en biocéramique. Les aiguilles des heures et des minutes et les index sont dotés de Super-LumiNova® Grade A pour une lisibilité nocturne optimale.
La composition unique de la biocéramique – deux tiers de poudre céramique, un tiers de matière biosourcée produite à partir de la plante de ricin – confère à la montre une résistance et une douceur particulière. Les logos communs Audemars Piguet × Swatch se trouvent sur le cadran et sur la couronne.
Le mode de porter est sans doute l’une des innovations fondamentales de ce modèle, hériter de la modularité de la Swatch POP. La tête de montre s’intègre en clipsant le fond sur l’attache, qui peut être enlevée selon les envies. Lors de cette opération, un bruit sous forme de clic devient là-aussi une signature acoustique de cette collection. Mais revenons au cœur de la montre et dirigeons-nous vers son lieu de production…
Vers Boncourt
Sistem51 est l’un des mouvements les plus originaux de l’histoire industrielle horlogère suisse. Un calibre incarnant une vision industrielle qui semble aujourd’hui presque radicale, tant l’horlogerie suisse se rêve désormais davantage en artisanat de luxe qu’en industrie.
Seul dans sa catégorie, Sistem51 l’est à double titre: par son tour de force technologique avec une production 100% automatisée en Suisse, mais aussi par son prix, puisqu’il constitue aujourd’hui la toute première porte d’entrée au monde vers la montre mécanique suisse.
Et si la marque continue de miser sur de nombreuses éditions spéciales proches des univers de la mode ou de l’art, l’avenir de Swatch, désormais quadragénaire, pourrait finalement se jouer sur sa facette la plus «horlogère», comme l’histoire récente l’a montré. Ce reportage récent à Boncourt, dans l’usine ETA qui a réinventé la mécanique industrielle suisse, présente d’autant plus d’intérêt avec le lancement récent de la Royal Pop.
Dans le cadre de cette collaboration, Audemars Piguet a annoncé qu’elle consacrerait l’intégralité de ses recettes au financement d’une initiative spécifique visant à soutenir la préservation et la transmission du savoir-faire horloger, en mettant l’accent sur les compétences rares et la nouvelle génération de talents horlogers.
Et un peu comme un symbole, sur la route qui descend de Saignelégier en suivant les vertes collines du Jura, nous suivons une voiture de fonction frappée du sigle «Lehrlinge / Apprentis ETA», jusqu’à arriver au vaste parc industriel érigé par Swatch Group à Boncourt, à la frontière avec la France. Là, les usines Comadur (spécialiste de la céramique et du saphir) et ETA se font face et le «blanc de travail» horloger est de rigueur. Le parc héberge également Nivarox-FAR et Manufacture Ruedin.
Un symbole, aussi, car le groupe se veut un champion de ce système de formation par apprentissage qui a fait la réputation de la Suisse – il en compte en permanence environ 500 – et du maintien de l’emploi horloger «quoi qu’il en coûte» et même par vents d’affaires contraires. Il y a quelques années, nous nous étions arrêtés chez Comadur dans le cadre d’un reportage avec Rado, qui a fait de la montre en céramique sa spécialité. Cette fois-ci, après avoir suivi son véhicule dédié aux apprentis, nous nous arrêtons devant l’imposant bâtiment d’ETA. Nous parlerons donc mouvements plutôt qu’habillage. Et ce sera avec Swatch. Car ici est fabriqué l’un des mouvements les plus originaux de l’histoire industrielle horlogère suisse: Sistem51.
Le succès phénoménal de la MoonSwatch, qui a d’abord parlé à une communauté d’aficionados avant de toucher un public bien plus large, l’a démontré: derrière la couleur et le design, la culture horlogère reste centrale pour Swatch. La Royal Pop confirme cette intuition. Et le calibre Sistem51 en est l’un des piliers.
2013: une aventure industrielle hors norme
L’histoire commence à la fin des années 2000. À l’époque, tout le monde s’attend à voir Swatch entrer dans la course aux montres connectées. Mais Nick Hayek prend une direction opposée. Au lieu d’une smartwatch, Swatch présentera une montre mécanique automatique 100% Swiss Made. Une idée simple sur le papier, mais extraordinairement complexe à réaliser. Le projet est lancé en 2011. Le défi: développer un mouvement automatique entièrement nouveau en deux ans. Dans l’industrie horlogère, un tel développement prend normalement cinq à six ans.
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- Le lancement de Sistem51 il y a 13 ans dans Europa Star.
- ©Archives Europa Star
Autour de la table: ETA, Nivarox-FAR, Comadur et les équipes d’industrialisation du groupe. Au total, près de 100 ingénieurs participent au développement. Mais le mouvement n’est qu’une partie du défi. Il faut aussi imaginer l’usine capable de le produire, développer les machines nécessaires, et recruter plus de 400 collaborateurs. Une véritable aventure industrielle.
Le seul mouvement mécanique entièrement automatisé
Sistem51 est unique à plus d’un titre. D’abord parce que personne ne touche le mouvement pendant son assemblage. Contrairement aux mouvements traditionnels, assemblés et ajustés par des horlogers, Sistem51 est monté entièrement par robots. Les opérateurs sont là pour surveiller les machines, contrôler les processus et garantir la qualité. Cette automatisation totale a dicté toute l’architecture du mouvement.
Dans un calibre classique, les rouages sont maintenus sous un pont vissé. Si un problème apparaît, l’horloger peut démonter et corriger. Impossible dans un processus robotisé. La solution a été radicale: diviser le mouvement en cinq modules indépendants, assemblés successivement. Soit, dans l’ordre, le module de tige, véritable boîte de vitesses miniature; le train de rouage, qui lance la mécanique; le pont automatique; l’échappement, cœur du système; et le module d’affichage et calendrier.
Chaque module est testé automatiquement avant de passer à l’étape suivante. La tolérance à l’erreur est minimale: sur une montre vendu à grands volumes, la moindre pièce défectueuse ferait perdre gros.
51 composants, 17 brevets
Comme son nom l’indique, dans sa version automatique, le calibre Sistem51 se compose de 51 pièces seulement (en référence au nombre de composants des premiers modèles Swatch quartz de 1983) – un nombre extraordinairement réduit. Il possède également 17 brevets, dont certains issus des recherches menées pour la famille Powermatic (dérivée de l’ETA 2824-2), le mouvement automatique de base qui équipe aujourd’hui d’autres marques du groupe, parfois sous un autre nom, comme Tissot, Certina, Mido et Hamilton.
Parmi ses caractéristiques: 90 heures de réserve de marche, le spiral Nivachron antimagnétique, le réglage par inertie du balancier plutôt que par raquette, pour une tolérance standard de -5/+15 secondes par jour. Les cinq modules qui composent Sistem51 sont soudés et une seule vis maintient la fixation de la masse oscillante sur le bâti de remontage automatique.
La précision du Sistem51 est déterminée par un laser au cours du processus de fabrication. Unique au monde, ce système ingénieux est capable d’ajuster la précision de la montre, ce qui évite l’utilisation d’un régulateur et des réglages manuels, et permet de stabiliser la précision même lorsque le barillet est faiblement chargé.
Le cœur technologique: ETA et Nivarox-FAR
Si le mouvement est conçu chez ETA, ses pièces les plus stratégiques viennent de Nivarox-FAR. C’est cette autre structure de Swatch Group qui fournit l’échappement complet, le spiral Nivachron™ et le barillet. Ce barillet est l’un des secrets des 90 heures de réserve de marche. Pour cela, les ingénieurs ont réduit le diamètre de l’arbre, optimisé le matériau du ressort et augmenté le nombre de spires. Résultat: plus d’énergie stockée, dans un volume quasi identique.
Autre particularité importante issue du processus d’automatisation, comme mentionné: les pièces ne sont pas vissées mais soudées. Le processus est irréversible (le calibre Sistem51 ne peut être réparé comme un mouvement mécanique traditionnel), mais réduit les points de faiblesse mécaniques.
Sistem51 est au cœur d’un réseau industriel entièrement intégré. Trois sites principaux collaborent étroitement: Boncourt pour la fabrication des ébauches et l’assemblage du mouvement (sans la masse), Granges pour l’habillage avec l’injection de la biocéramique et la décoration, enfin Sion pour l’assemblage final des montres équipées du Sistem51, mais également de tous les modèles Swatch et Flik Flak.
C’est à Sion que le mouvement reçoit aussi sa masse oscillante (rappelons ici qu’a contrario le calibre Sistem51 équipant la Royal Pop est à remontage manuel, ndlr). Curiosité technique: cette masse est transparente. Elle est obtenue par injection d’un polymère autour d’un roulement, puis lestée avec du tungstène sur 180° pour assurer le remontage automatique.
Une horlogerie pédagogique
Avec son fonctionnement très simple et découpé en «tranches» fonctionnelles, du fait aussi de son nombre de composants très réduits et cette masse transparente qui libère entièrement la vision du mouvement, le calibre Sistem51 est une porte d’entrée idéale vers l’horlogerie mécanique, qui peut s’avérer intimidante pour le novice.
Là est l’une de ses grandes vertus, pédagogiques comme démocratiques: il s’agit tout simplement de la seule offre de mouvement mécanique suisse aussi abordable. Les modèles qu’elle équipe sont donc seuls sur leur marché et représentent la première porte d’entrée possible à l’horlogerie mécanique suisse. Le calibre Sistem51 est en quelque sorte d’«intérêt public» dans une industrie horlogère suisse qui élève sans cesse davantage en prix moyen!
Il permet de garder (un peu) les pieds sur terre. Et démontre comment l’horlogerie suisse peut encore produire de la mécanique à grande échelle dans un pays aux coûts de main d’œuvre parmi les plus élevés au monde. Un véritable cas d’école industriel. Dans sa version automatique, Sistem51 équipe aujourd’hui plusieurs lignes et modèles, comme la Sistem51 Originals, l’Irony ou la Blancpain x Swatch Bioceramic Scuba Fifty Fathoms. Et dans sa version manuelle, désormais, la Royal Pop.
Chaque mouvement est décoré par impression digitale (digiprint) après assemblage. Les motifs tournent avec la masse oscillante, créant un spectacle graphique permanent.
Un «laboratoire uchronique» bien vivant
Depuis 2013, l’usine de Boncourt, qui peut fonctionner 24 heures sur 24, n’a cessé d’apprendre et d’optimiser des processus complètement nouveaux pour l’industrie. Le défi permanent consiste à associer deux impératifs rarement compatibles: la répétabilité industrielle et la flexibilité créative. Car Swatch multiplie les références, les petites séries et les collaborations. Sistem51 a été pensé dès le départ comme une machine industrielle capable de se personnaliser.
La présence de l’usine à Boncourt répond aussi à une logique territoriale. Swatch Group voulait éviter d’assécher les bassins horlogers traditionnels. Le Jura suisse et la région frontalière française offrent ici une main-d’œuvre qualifiée, avec des compétences proches, comme celles issues de l’automobile - du pignon de boîte de vitesses au pignon horloger.
En quittant Boncourt, une idée s’impose. Davantage qu’un mouvement, le calibre Sistem51 est une vision de ce qu’aurait pu être – et pourrait encore être? – l’horlogerie suisse si, plutôt que de prendre le chemin du luxe, de la rareté, de l’artisanat, de la mécanique haut de gamme, elle avait choisi l’automatisation radicale, l’intégration verticale, la production à grande échelle. Mais aussi la créativité et l’accessibilité. Presque une uchronie vivante, là, sous nos yeux.
En cela, la «solution» Sistem51, à contre-courant de l’horlogerie suisse contemporaine, n’a pas fini de nous surprendre. La collaboration qui vient de surgir entre Swatch et Audemars Piguet en est la dernière et éclatante illustration!


